20 février 2018 – Commission des affaires culturelles : Réforme du baccalauréat : M. Jean-Michel Blanquer, ministre, et M. Pierre Mathiot, professeur des universités

M. Pascal Bois. Merci, monsieur le ministre, pour votre présentation de cette réforme ambitieuse et progressiste, grâce à laquelle nos futurs bacheliers disposeront d’un examen plus juste, permettant d’évaluer leurs efforts et leurs acquis de manière continue, un examen moins complexe à organiser et davantage tourné vers la réussite des élèves dans le cadre de leur projet professionnel.

Que va devenir le bac OIB – option internationale – et quelles seront les modalités retenues pour les épreuves de langue vivante, notamment à l’oral ?

Vous préservez le totem de la philosophe parmi les épreuves finales, mais ne pourrait-on pas envisager l’apprentissage de cette matière dès la seconde ou la première, tant son programme est dense ?

Enfin, je suis satisfait de voir proposée une nouvelle matière intitulée « Humanités numériques et scientifiques », dont la vocation est de doter les élèves des connaissances indispensables pour vivre et agir au XXIe siècle. Mais force est de constater la grande méconnaissance qu’ont nos lycéens du fonctionnement rudimentaire de l’État, de l’organisation de la justice et de nos services publics comme du rôle et des compétences de nos collectivités. Certes, l’enseignement moral et civique est présent en première mais à raison de trente minutes seulement par semaine. Ces sujets ont-ils vocation à être abordés en socle commun ou dans une discipline de spécialité ?

M. le ministre. Monsieur Bois, les conséquences qu’aura la réforme au-delà du cadre franco-français sont importantes à saisir. Elles font partie de ces conséquences indirectes qu’il faut bien mesurer. Elles sont nombreuses, d’abord parce que le baccalauréat français est regardé dans le monde entier, en particulier dans le monde francophone, et que sa transformation aura donc un impact sur d’autres baccalauréats dans le monde. Je pense par exemple au Liban, où l’on regarde de très près ce que nous sommes en train d’entreprendre, mais on pourrait également citer les pays de l’Afrique francophone.

Ensuite, nous nous rapprochons, avec cette réforme, du bac tel qu’il est organisé dans les sections internationales avec l’OIB que vous avez mentionné, mais également de certains modèles étrangers, notamment européens, de diplôme de fin d’études.

Votre question portait également sur l’enseignement des langues vivantes. À cet égard, mes déclarations du 14 février dernier doivent être considérées à la fois comme un point d’aboutissement de nos concertations et un point de départ d’une réflexion sur la pédagogie des langues. J’ai suivi sur ce point une préconisation du rapport de Pierre Mathiot, qui suggère la mise en place d’un dispositif de certification, ce qui donnera un outil supplémentaire aux élèves, puisqu’ils pourront ainsi se prévaloir d’un niveau de certification attesté. Cette certification fera par ailleurs certainement évoluer la pédagogie, et je sais que les professeurs de langues de notre pays y sont tout à fait prêts et sont ouverts au changement. Je lancerai donc prochainement une mission sur cette question spécifique des langues, de façon que nous puissions faire évoluer à la fois les programmes et les modes d’enseignement dans un sens qui tienne compte de toutes les modernisations nécessaires. Nous ne manquerons pas, en l’occurrence, de nous nourrir de certains exemples internationaux, sachant qu’il est avéré que nous avons en matière d’acquisition des langues étrangères d’importantes marges de progrès.

Pour ce qui concerne l’épreuve finale de philosophie maintenue dans la voie générale et dans la voie technologique, je m’inscris dans une tradition française que j’assume totalement. Je confirme par ailleurs à Mme Victory que la réflexion est ouverte sur le fait d’introduire la philosophie dans la voie professionnelle. Nous ne partons pas de zéro sur le sujet : des expérimentations intéressantes ont déjà eu lieu, et l’Inspection générale de l’éducation nationale a produit un rapport plutôt convaincant. Il y a donc de fortes chances que nous retenions cette option, mais nous en reparlerons dans le cadre de la réforme de la voie professionnelle, pour laquelle nous attendons le rapport qui doit nous être remis jeudi prochain.

Quant à commencer l’étude de la philosophie avant la classe de terminale, c’est un vaste sujet, que la réforme n’aborde pas directement. Néanmoins, l’introduction dans le cursus d’une nouvelle discipline de spécialité intitulée « Humanités, littérature et philosophie » permet bel et bien à ceux qui le souhaitent de s’initier à la philosophie dès la classe première, avant de l’approfondir en terminale en conservant cette spécialité qui viendra s’ajouter aux quatre heures de philosophie hebdomadaires du tronc commun. Tout cela n’exclut pas d’éventuels développements de l’enseignement de la philosophie ou, en tout cas, de la réflexion analytique, dès l’école primaire, mais cela excède la réforme du baccalauréat qui nous intéresse ici.

Vous m’avez également interrogé sur la place que pourrait occuper un enseignement sur le fonctionnement des institutions dans le nouveau lycée. Il pourra d’abord s’inscrire dans le cadre de l’option « Droit et grands enjeux du monde contemporain » en classe de terminale. Bien que cette discipline n’ait que quelques années d’existence, le succès qu’elle a rencontré nous a conduits à la maintenir.

Cet enseignement pourra également s’inscrire dans les programmes d’histoire-géographie et d’enseignement moral et civique, qui se voient respectivement allouer trois heures et une demi-heure hebdomadaires. Il me semble en effet non seulement normal mais souhaitable que la connaissance des institutions soit abordée dès le lycée, au travers notamment d’une remise en perspective des conditions historiques qui ont conduit à la mise en place du cadre institutionnel et démocratique qui est le nôtre aujourd’hui.

M. Pierre Mathiot, professeur des universités. Actuellement, l’option « Droit et grands enjeux du monde contemporain » n’existe qu’en terminale L ; désormais, elle sera proposée à l’ensemble des élèves, sachant qu’elle présente un intérêt tout particulier pour les élèves souhaitant s’orienter vers la faculté de droit. À cela s’ajoute une nouvelle discipline intitulée « Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques », qui peut parfaitement intégrer un enseignement sur nos institutions.